Un aspect méconnu de la guerre d’Espagne : comment des groupes antifascistes révolutionnaires se lancèrent dans la contrebande pour trouver des armes, par tous les moyens.
Le coup d’État militaire de juillet 1936, qui débouche sur une longue guerre civile, engendre aussi une révolution sociale dans une grande partie de la zone républicaine. Les républicains comme les révolutionnaires cherchent des armes. La République structure un marché qui mélange les circuits légaux et illégaux. La plus grande partie du matériel provient d’URSS, même si d’autres voies sont par ailleurs explorées. Certaines forces révolutionnaires choisissent les chemins de l’illégalité. Dans ce cadre, anarchistes, trotskistes, socialistes ou communistes, en France et ailleurs, décident d’apporter leur soutien aux camarades qui, venus d’Espagne, avec des mandats incertains, cherchent des armes pour que survive leur révolution. Dépourvus d’expérience, ces derniers doivent alors s’en remettre à des groupes criminels très éloignés de leurs horizons militants. Décrire cette alliance interlope suppose de faire dialoguer Espagne et France, mais aussi militants, criminels et structures institutionnelles ou partisanes.
« Car s’il est difficile de se libérer des stigmates de la négritude, il est évidemment aussi difficile de survivre aux illusions de la blancheur. » James Baldwin
C’est au cours de l’un ses reportages aux États-Unis qu’Édouard Caupeil, accompagné du journaliste Nicolas Bourcier, a découvert Mound Bayou, la première ville noire du pays. Plantée au coeur du Delta du Mississippi, dans le sud profond des États-Unis, Mound Bayou est une cité d’apparence banale dont les quelque 3000 habitants ont cependant la particularité d’être tous africains américains. En 1887, un projet insensé pour l’époque prend vie : la création d’une ville gérée et administrée par des Noirs au coeur de ce Mississippi raciste et ségrégationniste, symbole de toutes les exclusions. À la découverte de Mound Bayou s’ajoute une enquête sur les traces de James Baldwin, de Birmingham à Tallahassee. La remontée de la route 61, route de la grande migration et de l’émancipation pour les Noirs du sud. Partis de La Nouvelle-Orléans, des millions de Noirs ont emprunté cette route qui relie la Louisiane au Minnesota pour chercher dignité et fortune. Ce livre est une traversée dans le sud des États-Unis, une question suspendue… Un travail au long cours sur les stigmates du racisme ou se révèlent les espoirs déçus, les multiples illusions de solutions, mais aussi la résistance sourde du Sud à tout changement, un arrêt sur image à contretemps dans l’Amérique d’Obama.
En pleine période de remise en question professionnelle et amoureuse, Aby décide de rejoindre la colocation de son amie Jet, en Auvergne. Mais peu habituée à la vie en communauté, la jeune femme ressent vite le besoin de troquer les murs partagés pour la quiétude de la forêt. Bientôt, Aby est initiée aux propriétés des champignons hallucinogènes par une marginale pour laquelle elle se prend d’affection. De là à passer de la théorie à la pratique…
« Dans La Part des lâches, je tente de développer la trajectoire d’un individu qui cherche sa place à deux niveaux : au sein d’un groupe restreint et à l’échelle du monde dans lequel on vit, en crise écologique et sociale. Ville ou campagne ? Argent ou décroissance ? Liberté individuelle ou interdépendance groupale ? Autant de questions qui traversent mon héroïne, Aby. » Marguerite Boutrolle
Pour la sortie de Les Mains Dans La Terre de Louise Collet et Marc Pichelin (sortie le 10 mai) et Au Pays d’Estérel de Gilles Rochier, publiés par les Ed Ouïe/Dire.
Les Mains Dans La Terre nous invite à la découverte de dix jardinets et de leurs cultivateurs des Jardinots, anciens jardins cheminots devenus jardins familiaux en Dordogne.
Louise Collet (dessins) et Marc Pichelin (textes) réalisent série de portraits sensibles des jardiniers composés de gouaches colorées et de dessins grand format en noir et blancs, des vues fragmentaires d’ensemble des jardins.
Janvier 2020, Gilles Rochier entre en résidence pour une durée d’un an à l’EHPAD Estérel, à Colombes (92). Après quelques semaines d’interventions dessinées et d’observation du lieu, la pandémie frappe le monde. Cela n’a pas empêché Gilles Rochier de poursuivre son travail, à distance, avec le personnel de l’établissement. Il s’est informé auprès de l’EHPAD de la situation au jour le jour, sur les difficultés rencontrées et les solutions trouvées.
Sans misérabilisme ni sensiblerie, il nous livre un témoignage délicat sur cette réalité rencontrée.
Dessinateur précaire en panne d’inspiration, Basile se retrouve contraint de chercher un travail intérimaire pour pallier ses difficultés financières. Embauché comme préparateur de commandes sur une plate-forme logistique de grande distribution, il tente de se faire une place et de se maintenir tant bien que mal au sein d’un milieu où la technologie et une course à la productivité poussée à l’absurde semblent avoir raison des rapports humains.
Rencontre animée par Fabrice Flahutez (www.flahutez.org)
Durant deux décennies (1952-1972), l’IS et les groupes d’avant-garde dont elle est issue (Internationale lettriste, MIBI), expérimentèrent l’extension du domaine de la pratique artistique pour qu’elle puisse modifier la vie quotidienne (construction de situations émouvantes), au-delà de la séparation en champs pratiques, disciplinaires ou épistémologiques distincts. Actifs dans différents pays, ils ont critiqué dans leurs nombreuses publications et manifestations l’institutionnalisation de l’art et soutenu toute forme de lutte et de résistance à l’emprise idéologique et sensible du « spectacle » sur les modes de vie et les imaginaires des sociétés capitalistes de l’après-guerre, marquées par les guerres de décolonisation et l’instauration de la société de consommation et de la cybernétique. Leurs projets et réalisations artistiques sont répertoriés, reconstitués, historicisés et analysés dans la perspective de la « construction intégrale du cadre de la vie » dont parle l’IS au moment de sa fondation, et ce toujours en lien avec leurs célèbres positionnements critiques vis-à-vis de l’art, la culture et la politique de leur époque. Expériences et récits d’expérience du terrain urbain, cartes, manifestes, enregistrements magnétiques, émissions radiophoniques, films, collages, peintures, maquettes, ambiances, situations, actions de critique institutionnelle, détournements, sont étudiés comme autant de mises en situation du langage, des corps et des décors humains en vue de la production collective de formes de vie « libres ».
A l’occasion de la publication de Paños, deuxième ouvrage consacré à l’art des prisonniers mexicains sur mouchoirs de l’administration pénitentiaire par Reno Leplat-Torti, l’équipe parisienne du Dernier Cri viendra au Monte-en-l’air signer ses livres. Ce sera aussi l’occasion de fêter la victoire obtenue cette semaine en justice après neuf ans de harcèlement du Dernier Cri par l’extrême-droite la plus rance !
Faut-il sauver le football ? Faut-il réhabiliter Franck Ribéry ?
Pour répondre à ces questions essentielles, le Monte-en-l’air accueille Gilles Juan, auteur de Franck, formidable autobiographie imaginaire de l’ancien footballeur de l’OM et du Bayern Munich, et Jérôme Latta, co-auteur de Tout n’est pas footu, un ouvrage collectif qui livre « 15 raisons d’aimer le football quand même ».
Mercredi 24 avril à 19h30, présentation du livre par Nathalie Koble et Amandine Mussou et performance de Michèle Métail.
Follement inventif et joyeusement imagé, ce livre fait voler en éclats les frontières entre le médiéval et le contemporain, entre les supports oraux et écrits. Il est particulièrement destiné à tous ceux qui, de près ou de loin, s’intéressent à la poésie et à ses expressions.
Il existe des filiations peu connues entre les corpus poétiques médiévaux et les avant-gardes poétiques de la fin du XXe siècle, et c’est cela que mettent en exergue dix-sept médiévistes et contemporanéistes qui proposent d’approfondir dans cet ouvrage l’histoire de la poésie visuelle et sonore. Ils vous parleront certes de poésie, mais aussi de musique et de partitions, de typographie et de tissage, de géométrique comme d’algorithmique, de cartes et de rouleaux…
Précédé d’une généreuse introduction, le premier chapitre se concentre sur la poésie visuelle, dans la longue durée et sur les différents supports accueillant de multiples jeux de lettres, de formes, de formats et de signes, qui font de la poésie un terrain d’expérimentations graphiques. Les auteurs évoquent notamment les œuvres typographiques et tissées de Josef et Anni Albers, les dessins, rébus et calligrammes des copistes médiévaux ou le brocard de soie brodé par la poétesse chinoise du IVe siècle Su Hui, qui a inspiré de nombreuses œuvres jusqu’à aujourd’hui.
Le second chapitre explore conjointement la façon dont la poésie, de l’époque médiévale à l’extrême contemporain, vit hors du livre, transite par les voix et les corps, et la manière dont les supports (manuscrits, livres, revues, rouleaux, partitions, disques, cassettes…) gardent la mémoire et la trace de ces performances.
Enfin, le troisième chapitre confronte deux opéras récents qui s’emparent de légendes attachées à des troubadours et font littéralement revenir deux poètes médiévaux sur le devant de la scène : L’Amour de loin de la compositrice finlandaise Kaija Saariaho sur un livret d’Amin Maalouf et Written on Skin de George Benjamin et Martin Crimp.
Nathalie Koble est médiéviste, traductrice et poète. Elle est professeure de langue et de littérature françaises à l’École normale supérieure (Paris) et à l’École polytechnique (Palaiseau). Ses travaux d’écriture portent sur la littérature courtoise (poésie et fictions) et sur la mémoire du Moyen Âge dans la littérature et la création contemporaines.
Amandine Mussou est maîtresse de conférences en langue et littérature françaises médiévales à l’Université Paris Cité et membre du CERILAC. Spécialiste de littérature courtoise, elle s’intéresse aux rapports entre savoirs et fiction au Moyen Âge, à l’écriture allégorique et a notamment travaillé sur l’œuvre d’Évrart de Conty, poète et médecin de la fin du XIVe siècle.
Avec des contributions de : Vincent Barras, Camille Bloomfield, Vincent Broqua, Fériel Kaddour, Nathalie Koble, Abigail Lang, Benjamin Lazar, Sylvie Lefèvre, Xiaoxuan Lyu, Michèle Métail, Amandine Mussou, Emmanuel Rubio, Mireille Séguy, Mathias Sieffert, Agathe Sultan, Gaëlle Théval et Marion Uhlig
Le festival de Cannes, le tapis rouge, son défilé de stars et le crépitement des flashs… Qui pourrait se douter que derrière la clinquante vitrine de la manifestation la plus prestigieuse du septième art se cache une tout autre histoire ?
Pour la comprendre, il faut remonter le temps jusqu’à l’origine même du festival. Initialement prévue en étroite collaboration avec les États-Unis en 1939 pour concurrencer la Mostra de Venise de l’Italie fasciste, mais annulée à cause du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, sa première édition eut véritablement lieu en 1946 au lendemain du conflit. Le souffle et les espoirs de la Libération se ressentent jusque dans le palmarès où figure en haute place La Bataille du rail de René Clément, hymne à la Résistance cheminote produit par une coopérative ouvrière fondée par la CGT.
Dans cette histoire populaire et syndicale du festival de Cannes, l’historien Tangui Perron montre que la bataille pour l’existence d’un cinéma français et la pérennisation de la diversité culturelle commence par la construction d’un palais, suivie d’une importante manifestation de rue à Paris, en janvier 1948. Les lois d’aides, qui expliquent pour partie la vivacité du cinéma hexagonal et de belles et nombreuses coproductions, y trouvent leurs sources. Ce livre met ainsi en lumière le lien étroit et méconnu qui unit le cinéma et le mouvement ouvrier.