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Camille Paulhan / La Fin du monde dure 30 minutes / Archivio / Rencontre

Vendredi 16 octobre à 19h30

En janvier 1960, l’artiste suisse Jean Tinguely débarque à New York. Quelques semaines plus tard, il installe dans le jardin du Museum of Modern Art (MoMA) une œuvre- machine, Hommage à New York, censée s’autodétruire en trente minutes. Sous les yeux d’une foule endimanchée, les pieds dans la neige fondue, la performance dérape. Les uns s’en amusent, d’autres s’en inquiètent.
Ce qui s’est joué le 17 mars 1960 est une tragi-comédie truffée de roues de vélos, de landaus et de vieux moteurs. Ses spectateurs ont été à la fois les témoins d’une joyeuse mise à feu et les complices d’une catastrophe.
Le message de Hommage à New York n’a pas pris une ride depuis 1960 : l’insouciance avec laquelle le monde court au désastre est plus que jamais d’actualité.

La longue déambulation de Camille Paulhan au MoMA aboutit au soir du 17 mars 1960 à la « démonstration » de Jean Tinguely, admise dans un monde où la destruction ne peut être que de l’ordre du spectacle à muséifier. Mais Hommage à New York produit quelque chose de plus fort qu’une destruction symbolique : un danger réel.
Quelques-uns le ressentent — comme les employés du MoMA qui ont vécu le drame de l’incendie du bâtiment deux ans auparavant — mais beaucoup n’en ont pas conscience.
L’attraction n’est plus alors la défaillance de Hommage à New York, mais le comportement de la foule rassemblée dans le jardin du MoMA, petit échantillon étatsunien dans le déni de la face sombre de l’American Dream incarnée par les machines lucifériennes de Tinguely.
Fondé sur les recherches de l’auteure dans les archives du MoMA et du musée Tinguely (Bâle), La fin du monde dure 30 minutes rejoint, par des routes fort différentes, le n°3 de « La vie privée des œuvres » (Situation explosive ! de François Coadou) sur le terrain de la création engagée dans les troubles de son époque.

Camille Paulhan est historienne de l’art et critique d’art. Sa thèse de doctorat a été consacrée au périssable dans l’art des années 1960-1970. Elle enseigne à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon.

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