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Quentin Vijoux / Eugène / Éditions Michel Lagarde

Jeudi 7 février à 18h30, RDV avec Quentin Vijoux pour son livre Eugène publié aux édition Michel Lagarde.

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Quentin a grandi à Paris. Après des études d’arts appliqués à l’ESAA Duperré puis à l’école Estienne, il se lance dans l’illustration : il collabore avec différentes agences de communication (BETC Euro RSCG, Australie, W&Cie, Uzik, .V. , BDDO, atelier Chevara, Angie…) et dessine pour la presse internationale (The New-York Times, The Walrus, Télérama,Psychologies, Amusement…). Eugène est son premier livre.

En savoir plus ici.

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Marc Graciano / Liberté dans la montagne / Éditions Corti / Rencontre

Mercredi 6 février à 18h30, rencontre avec Marc Graciano pour son premier roman, Liberté dans la montagne aux éditions Corti.

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La rencontre peut-être écoutée ici.

Il est des livres qui vous happent et vous emmènent dès les premières pages. Ils vous prennent par les yeux d’abord, puis par la gorge et le cœur, puis par tous les pores de la peau : vous transpirez, vous avez peur, vous vivez avec les personnages. Ils ne vous lâchent plus et vous ne les lâchez plus. Même lorsqu’une pause s’impose et que la vie hors de l’acte de lecture reprend ses droits, les images persistent et vous hantent, elles s’impriment. Liberté dans la montagne, premier roman de Marc Graciano, publié aux éditions Corti fait partie de ceux-là, de ces grands livres à l’écriture tellement forte qu’une musique s’installe et que des images s’impriment.

A la lecture de cette lancinante musique, plein de mots manquent pourtant, des mots oubliés – faonner, abalourdir – mais on comprend, et si ces mots nous sont étrangers, ils existent, et ont alors cet étrange pouvoir de faire naître des images. Des images extrêmement puissantes et poétiques, des images vraies mais oniriques, des images qui mettent en appétit, d’autres terrifiantes ou touchantes, des images d’un temps très ancien où les hommes travaillaient avec leurs mains, chassaient, pêchaient, marchaient, tuaient. Un monde d’antan, moyenâgeux ou futuriste, un temps apocalyptique qui était, qui n’est plus ou qui adviendra. Un temps aussi qui révèle la part la plus sombre de l’homme, cet homme intemporel qui par amour, ou par manque d’amour peut alors se transformer en bête : « Deux êtres élevés dans un asile de charité. Dans les rigueurs d’une mauvaise religion. Deux êtres vils redressés dans un pace pour enfant. Le veneur dit dans un lieu sans aménité. Un lieu sombre et froid. Un lieu sans amour. Un lieu sans bonté. Un lieu âpre et glacé. Deux êtres qui s’en échappent à l’âge adulte raconta le veneur et qui se réfugient dans un village. Dans un marais. Un lieu oublié où ils sont accueillis. Où ils sont acceptés. Acceptés dit le veneur et il se tut un long moment en hochant la tête comme pour souligner son propos. Comme pour montrer à l’auditoire invisible qu’il s’était créé l’endroit primordial de son récit sur lequel l’attention devait porter. La chose étrange et rare qui était survenue. Deux  frères quasi semblables, raconta le veneur, qui travaillent comme des acharnés dans ce village où ils ont été adoptés. Deux êtres farouches. Deux êtres obscurs. Deux êtres obscurs et disgracieux. Deux êtres disharmonieux et, à côté d’eux, une fille blonde. Une fille lumineuse et belle, dit le veneur. Comme possédant un bien qui jadis leur aurait été dérobé. »

Liberté dans la montagne, c’est cette langue folle, faite de litanies qui vous envoûtent, cette langue qui pousse l’expression, augmente, répète, précise, en revenant indéfiniment sur les mêmes mots, les mêmes sujets. Liberté dans la montagne c’est une langue mais c’est tout autant une tension dramatique forte, et c’est là que ce texte est un grand texte : une langue, une histoire, une intemporalité, des personnages, et un monde qui nous échappe, qui n’est pas le nôtre, qui n’est plus le nôtre mais qui pourtant nous est familier.

Dans leur inexorable marche vers l’amont de la rivière, le vieux et la petite traversent une nature à la fois riche et dangereuse, splendide et sauvage, ils croisent des personnages aussi terrifiants qu’inoubliables, l’abbé, le géant ou le veneur. On avance avec eux, au rythme de ce vieux vigoureux et attentif, de cette enfant encore frêle mais si pleine d’énergie, de peurs et de questionnements comme seule la tendre enfance le permet encore. « La petite était sortie de l’infans. Elle avait les membres allongés et amincis par la croissance et elle était autonome dans ses déplacements et elle était capable d’un début de raisonnement et elle était capable de jugement et elle était aussi capable d’affirmer ses goûts naissants mais elle avait gardé cependant de la gaucherie et de la maladresse dans ses mouvements. Elle avait aussi conservé, comme une petite enfant, le besoin d’établir, à temps réguliers, un contact physique avec le vieux. Quelques fois aussi, la petite s’effrayait des choses et des êtres inconnus rencontrés sur le chemin et elle cherchait alors refuge dans les bras du vieux. 

Le vieux acceptait la petite dans ses bras chaque fois qu’elle le voulait. »

La quatrième de couverture nous le dit, Marc Graciano est né le 14 février 1966. Il vit au pied des montagnes aux confins de l’Ain et du Jura. Le 6 février prochain, de passage à Paris, il nous fera le grand honneur d’une escale au Monte-en-l’air. Venez le rencontrer !

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David Rault / Comiscope / Éditions L’Apocalypse

Mardi 5 février à 18h30

Comiscope : cinquante photographies de personnalités de la bande dessinées & cinquante autoportraits dessinés. Préface de Pacôme Thiellement.

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David Rault : graphiste, typographe, photographe et journaliste, David Rault crée des sites Web dans plusieurs agences dont la sienne puis écrit dans le quotidien Libération avant d’aller enseigner la typographie à l’ESAD (école supérieure d’art et de design)
d’Amiens pendant 4 ans, à la suite de quoi il quitte la France pour aller créer
ailleurs des packagings – il remporte d’ailleurs un Bronze Award à Monaco en
octobre 2008 lors de la cérémonie des Pentawards, compétition annuelle
internationale de design packaging – ses travaux graphiques ont en outre été
présentés au sein d’un ouvrage de référence publié par Collins Design aux Etats-
Unis en 2009; également présentateur et traducteur dans plusieurs festivals de
cinéma depuis 1999 (dont le festival du film américain de Deauville) et membre de
l’ATypI (Association typographique internationale), son Guide pratique de choix
typographique paraît en mars 2009 aux éditions Atelier Perrousseaux dont il
devient directeur de collection en avril de la même année. Il publie la
monographie Roger Excoffon, le gentleman de la typographie en avril 2011 et
donne plusieurs conférences sur la typographie à Izmir (Turquie), aux Rencontres
de Lure, à l’école de design Nantes Atlantique, à l’ECV (école de communication
visuelle) de Paris, à ParisWeb ou encore lors de la première édition du Typocamp
parisien, en juin 2012. Ses photographies ont été publiées à de nombreuses
reprises et ont été exposées à Chicago (2008) et à Angoulême (2009). Il publie Le
Langage Silencieux, un livre sur la signification des gestes de la vie quotidienne, en
octobre 2012 aux éditions DesIris. Outre Comicscope, il publiera en 2013 les
monographies de Jean Alessandrini et de Jean-François Porchez.

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Yann Legendre / Flesh Empire / Éditions Inculte / Exposition

Vernissage de l’exposition le jeudi 31 janvier à partir de 18h30.

A l’occasion de la sortie de Flesh Empire, recueil d’illustrations hors-commerce limité à 300 exemplaires (24 pages format A2 N&B) , le Monte-en-l’air expose Yann Legendre du 31 janvier au 8 février 2013. Présenté par Claro (Le Clavier Cannibale), Flesh Empire regroupe en plein format les illustrations contenues dans l’ouvrage collectif Cinquante nuances du cul – Une Anthologie littéraire à paraître aux éditions Inculte le 28 janvier.

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Joyce, Pierre Louÿs, Michel Houellebecq, Hubert Selby Jr., Théophile Gautier, Charles Bukowski, Gabrielle Wittkop, Denis Cooper ou Rabelais : tous ont consacré des pages, des volumes, des oeuvres entières à la « chose ». Légèrement pornographiques ou simplement érotiques, évocateurs ou carrément crus, ces textes regroupés et illustrés dans cette « anthologie littéraire débridée » font l’apo- logie du corps, du plaisir et du septième ciel.

Blotti sous la tiédeur des nymphes repliées Comme un pistil de chair dans un lys douloureux Le Clitoris, corail vivant, cœur ténébreux, Frémit au souvenir des bouches oubliées. Toute la Femme vibre et se concentre en lui C’est la source du rut sous les doigts de la vierge C’est le pôle éternel où le désir converge Le paradis du spasme et le Cœur de la Nuit. Ce qu’il murmure aux flancs, toutes les chairs l’entendent À ses moindres frissons les mamelles se tendent Et ses battements sourds mettent le corps en feu. Clitoris, rubis mystérieux qui bouges Luisant comme un bijou sur le torse d’un dieu Dresse-toi, noir de sang, devant les bouches rouges !

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Sylvain Mazas / Ce livre devrait me permettre de résoudre le conflit au Proche-Orient, d’avoir mon diplôme, et de trouver une femme / Editions Vraoum

Lundi 28 janvier à 18h30, à l’occasion d’un passage à Paris, Sylvain Mazas fera une lecture de Ce livre devrait me permettre de résoudre le conflit au Proche-Orient, d’avoir mon diplôme, et de trouver une femme aux éditions Vraoum, où il racontera tout en dessinant les quatre premiers chapitres de son livre ; ainsi que la raison qui l’a poussé à dessiner. Accompagné d’une petite guitare, il pousse même la chansonnette.
Sylvain Mazas a déjà fait de nombreuses lectures en Allemagne qui ont toutes
été couronnées de succès. Ludiques et joviales ses lectures sont complètement raccord avec le livre.

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R.Sobac / N.Murer / B.Grimalt / RNB

Dimanche 27 janvier à 17h, lancement de RNB : titre du livre de sociologie musicale franco-bruxelloise conçu par R.Sobac / N.Murer / B.Grimalt en 2011 et fabriqué en 2012. (Préface de François A.)

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Au programme, pour la sortie parisienne, un set de MACON  morceaux rythmiques instrumentaux dansants à la structure simple voire linéaire et avec de l’espace laissé à l’improvisation. Il s’agira d’un quatre pistes qui jouera les pistes de cassettes préenregistrées. Une ou deux pistes ne seront pas jouées par le lecteur mais par MACON lui-même ce qui servira la dimension « live » de la performance.

Pour les influences et intentions musicales, il faut songer à des trucs comme Ultra Detersivo, Mr Oizo ou les premiers morceaux acid de Chicago (poil au cerveau).

Quelques liens :

http://youtu.be/O9Zi5FB05xI
http://youtu.be/bH-TQQO5Qlw

www.benoitgrimalt.com

http://saynomorefilms.blogspot.com/

Précédé d’un intermède musical de Sauv@ge Merguez (2) : Harmonica et incantations)))

 

 

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Nylso & Marie Saur / Jérôme et la ville / Les contrebandiers éditeurs et David Turgeon / Les bases secrètes / Quartanier éditeur

Samedi 26 janvier à partir de 18h30, rencontre avec Nylso & Marie Saur pour Jérôme et la ville chez Contrebandiers éditions et David Turgeon pour Les bases secrètes  au Quartanier éditeur. Deux livres, Les bases secrètes et Jérôme et la ville, et deux histoires de libraires, l’une en bande dessinée, l’autre en roman !

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Jérôme et la ville de Nylso & Marie Saur

Difficile de se réaliser sans aller à la capitale, que ce soit pour devenir écrivain comme Jérôme, étudiante comme Sultana, ou que l’on ait simplement envie de quitter le village, comme la petite fille.

La petite fille, passager clandestin du voyage des deux jeunes gens vers la grande ville, va les détourner de leur rêve de réussite, les arracher à leur nouveau quotidien, et focaliser l’attention sur elle en fuguant de manière spectaculaire.

Jérôme et la ville est un roman d’apprentissage en bande dessinée, nourri de littérature.

Il peut être considéré comme le sixième tome de la série Jérôme d’Alphagraph (5 tomes parus aux éditions Flblb). Il peut être également lu de prime abord, comme une confrontation à un monde qui aime la légèreté, mais impose de prendre des responsabilités.

Nylso se lance dans la bande dessinée en autodidacte en 1994. De revues en festivals, il participe à l’essor d’une bande dessinée de création, née des expérimentations d’auteurs-éditeurs s’emparant des techniques de production et de diffusion, sur le modèle des labels indépendants de rock qu’ils apprécient tant.
Le personnage de Jérôme d’Alphagraph naît en 2000, dans Chez Jérôme Comix. Nylso y improvise les aventures d’un apprenti libraire, qui découvre le monde à travers les livres et les voyages. Le personnage s’étoffe au fur et à mesure du roman d’apprentissage dessiné, révélant le processus créatif de son auteur : les lecteurs et les libraires s’y retrouvent, de plus en plus nombreux.
Cinq tomes paraissent, entre 2002 et 2010, aux éditions Flblb.

Après des études de lettres, un petit passage dans l’éducation nationale puis dans l’édition, Marie Saur se lance dans l’écriture en participant à la création de la revue Du Nerf dirigée par Régis Guigand. Médiéviste de formation, Marie Saur lit de tout, beaucoup, oublie peu, et met naturellement en perspective les contemporains et les anciens.
L’univers de Jérôme d’Alphagraph, à la fois familier et onirique, lui offre la liberté d’interroger une actualité sous-jacente et souvent déroutante à travers les lectures, actions et discussions de Jérôme, Sultana, la petite fille ou Bourrique, fidèle mule philosophe.

Les bases secrètes de David Turgeon

Ruth Babaïan n’a pas l’habitude de s’arrêter quand des inconnus l’abordent dans la rue, encore moins quand elle est à vélo et qu’elle est en retard à sa répétition. Mais pour la bonne marche de notre récit, il fallait bien qu’elle acquiesce à un rendez-vous avec Lucas Saminsky. D’ailleurs ils deviendront amoureux, c’est prévu. Pour le reste, entre les extravagances de la famille Charpelle, les tribulations d’Irénée Manche et les apartés d’Anne-Claude, les histoires ne manqueront pas.

Le Quartanier

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Sniper / Six / Editions Zones sensibles

Six de Sniper publié aux éditions Zones sensibles, rencontre avec l’éditeur, l’auteur et le graphiste vendredi 25 janvier à 18h30. Plus d’infos sur la rencontre par .

six couv

Pour écouter Sniper parler de son livre c’est ici.

Ici, tout est question de temps.

Mais d’humains d’abord, de ceux qui crient et gesticulent pour acheter ou vendre, de coursiers qui parcourent « les rues à toute allure pour crier les cotations les plus récentes dans les différents bureaux des intermédiaires humains ». Mais aussi de ceux, comme Henry Paulson, Sheldon Maschler, Thomas Petterffy, Josh Levine, humains ambitieux et visionnaires, qui pour gagner du temps, et donc de l’argent, observent, cherchent, croient dans le pouvoir des machines, bousculent les habitudes et innovent quelque soit le prix à payer.

« Je ne pense pas que vous pouvez faire ça » finit par lâcher l’inspecteur. Petterfy vacilla un instant […], mais le contrôleur repartit en promettant d’interroger sa direction. Il appela quelques jours plus tard pour confirmer ses doutes : un des points du règlement stipulait que les ordres devaient obligatoirement être saisis sur le clavier du terminal officiel. Pour Petterfy cela signifiait remettre un humain sur le clavier, et avec lui sa pause-sandwich, ses erreurs et sa lenteur. Inconcevable.
En une semaine […], avec l’aide de ses meilleurs ingénieurs, de beaucoup de câbles et de lignes de codes, il construisit une machine qui devait se comporter comme n’importe quel humain face à l’écran du terminal […]. Avec des bouts de caoutchouc et des pistons, les ingénieurs fabriquèrent des mains artificielles qui tapaient à la machine automatiquement. Et rapidement. […]
Lorsque l’inspecteur du NASDAQ revint une semaine plus tard pour vérifier que tout était en ordre, il se trouva face à un cyborg pourvu d’un œil énorme et de doigts artificiels, un mélange de mécanique du XIXème siècle, d’optique des années 1970 et de code informatique dernier cri. Il regarda la machine s’agiter bruyamment sur son clavier. Petterfy sentit que la situation allait lui échapper et joua son va-tout, avec humour, en proposant de construire un mannequin autour du robot, comme pour donner l’illusion qu’il s’agissait d’une secrétaire en train de taper à la machine, mais l’inspecteur quitta les bureaux sans plus de commentaire. Il n’avait pas grand-chose à dire : le cyborg respectait les règles. »

Si ce passage peut faire sourire, s’il est possible d’imaginer ce cyborg cyclope, peu à peu le compte à rebours est lancé et les chapitres à l’ordre décroissant -6, 5, 4, 3, 2, 1- s’enchaînent et donnent le vertige. On voit des hommes qui, à force de gagner du temps, deviennent eux-mêmes les proies d’un système qu’ils ont construit et qui leur échappe. Un système où les machines prennent le pouvoir. Si tel un humain, un algorithme « s’échappe », plus rien n’est maîtrisé et tout s’écroule en quelques millisecondes. Plus rien de matériel ni de concret ne semble se passer et l’enjeu financier, la complexité, le virtuel et la dématérialisation rendent alors toute forme d’images impossible pour le commun des lecteurs de cet ouvrage vertigineux : bienvenue dans le monde du trading à haute fréquence !

Les acteurs se nomment alors Sumo, Blast, Guerilla, Shark, Razor, etc. des algorithmes dont on notera les noms guerriers. Désormais, tout passe par eux. Plus de criée, ni de coursier mais des algorithmes, de la fibre optique et des micro-ondes.

Leurs pères humains, pourtant si confiants à leurs débuts, se trouvent ainsi soumis à la folle et insaisissable temporalité des monstres dont ils ont accouché : « Après la Seconde Guerre mondiale, un titre appartenait à son propriétaire pendant quatre ans. En 2000, ce délai était de huit mois. Puis de deux mois en 2008. En 2013, un titre boursier change de propriétaire toutes les 25 secondes en moyenne, mais il peut tout aussi bien changer de main en quelques millisecondes. […] les machines tentent d’aller de plus en plus vite dans le but de saisir une opportunité qui aurait échappé aux concurrents en raison de leur inattention ou de leur lenteur. Chaque milliseconde compte : « trois millisecondes dans le temps informatique représentent une heure de temps humain », affirme un spécialiste. »

Un livre vertigineux, une couverture qui, comme Alexandre Laumonier sait si bien le faire, vient élégamment et discrètement appuyer le propos du livre. Les éditions Zones sensibles n’ont décidément pas fini de nous étonner, venez les rencontrer !

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Flatland & 6 / Éditions Zones sensibles / Lancement et rencontre

Vendredi 25 janvier à 18h30, rencontre autour des éditions Zones sensibles.

Peut-être avez-vous déjà croisé les élégantes éditions belges Zones sensibles, avec entre autres choses, la sobriété de la couverture blanche d’Une brève histoire des lignes, le cri cartographique munchien de Yucca Mountain, et puis la couverture noire en 3D de Flatland ?

A l’occasion de la publication de leur cinquième livre, « 6″, les éditions Zones sensibles nous font le grand honneur de descendre de Bruxelles pour une rencontre avec son directeur, Alexandre Laumonier, en compagnie de Philippe Blanchard, traducteur de « Flatland » et de Bernard Hoepffner, traducteur.

Il y sera question de Flatland d’Edwin A. Abbott mais aussi de « 6« , le prochain livre de Zones sensibles à paraître en février 2013 et qui porte sur le trading à haute fréquence, avec la présence de Sniper, l’auteur de l’ouvrage. De la géométrie de « Flatland » aux algorithmes de « 6 », cette rencontre sera également l’occasion de parler du talent de graphiste d’Alexandre Laumonier et des futurs projets de Zones sensibles.

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Pour écouter la rencontre avec Alexandre Laumonier c’est ici.

Flatland de Edwin A. Abbott
Traduit de l’anglais par Philippe Blanchard.

C’est avec une courte préface de Ray Bradbury que s’ouvre cette nouvelle édition d’un livre mythique : Flatland. Ecrit en 1884 par un théologien anglais, Edwin Abbott Abbott (1838-1926), Flatland est une allégorie politico-graphique, quelque part entre Lewis Carroll, Jonathan Swift et George Orwell. L’ouvrage est écrit par un carré qui vit dans un monde à deux dimensions : Flatland. Les femmes y sont des lignes, les soldats des triangles isocèles aux angles saillants, les cercles sont des prêtres (plus une figure a de côtés, plus elle est élevée socialement). Après avoir décrit en long et en large son monde bidimensionnel (un univers en noir et blanc un jour perturbé par l’arrivée de la couleur), le carré visite Lineland (un monde réduit à une seule ligne) avant de recevoir la visite étrange d’un habitant de Spaceland : une sphère. Ses convictions en seront changées à jamais…
Flatland, avec son style parfois ironique, peut se lire de diverses manières : il s’agit autant d’un ouvrage de vulgarisation mathématique accessible à tous (de 7 à 77 ans) qu’une critique des relations sociales de l’époque victorienne. Mais on peut aussi y déceler les propos d’un carré dont la foi vacille… Salué par certains (Ray Bradbury ou Isaac Asimov) comme l’un des textes précurseurs de la science fiction, cette nouvelle édition de Flatland reprend la meilleure des deux traductions françaises parues à ce jour, offre au lecteur une couverture en trois dimensions digne des mystères de Spaceland et une mise en page aux formes diverses. Comme l’écrit Ray Bradbury, la fête commencera lorsque le lecteur aura tourné la première page du livre. Faites-le sans attendre !

Bradbury : « Faites-vous aussi plat qu’une crêpe et glissez-vous dans ce livre, vous en ressortirez avec une fabuleuse conceptualisation de nos mœurs, de nos faiblesses et de nos chauvinismes, réalisée toutefois par le biais d’une métaphore indolore et par conséquent stimulante. Edwin A. Abbott prétend faire une chose mais en fait une autre en réalité. Sans vous méfier, vous vous approchez furtivement pour regarder par-dessus son épaule. C’est le moment qu’il choisit pour se retourner d’un bond en s’écriant « Je t’ai bien eu ! » avant de vous aplatir à bord de son rouleau compresseur littéraire. Vous réalisez trop tard qu’on vous a distrait tout en vous donnant une bonne leçon. Dans une introduction antérieure à celle-ci que j’ai relue lorsque j’écrivais ces lignes, je suis tombé sur une phrase empreinte de condescendance : « Il ne s’agit pas d’un futile récit de science-fiction. Cet ouvrage a pour but de vous instruire, et il est écrit avec finesse et virtuosité. » Sottises. Comme si tout bon récit de science-fiction n’était pas instructif et ne visait pas constamment la finesse et la virtuosité. Mais surtout, que Dieu nous entende, la science-fiction a pour but de divertir. Flatland nous offre un véritable festival de concepts qui s’avèrent instructifs. Distinguons bien les choses. Dieu nous préserve des samaritains littéraires désireux de nous « améliorer ». Ce genre de choses mène aux Inquisitions et aux pelotons d’exécution. Souhaitons à ces énergumènes de tomber nez à nez avec un Isocèle aux angles aigus pris d’une crise d’éternuements et que celui-ci leur inflige une blessure fatale ! Mais pour le moment, Flatland vous attend. La fête commencera, ami lecteur, dès que vous aurez tourné cette page. Faites-le sans attendre et glissez-vous à l’intérieur.
Ray Bradbury

« 6 » Traduit à partir de 0 et de 1 par Ervin Karp.

6 est le premier ouvrage français consacré au trading à haute fréquence – expression qui désigne la manière dont des algorithmes achètent et vendent des titres boursiers en quelques millisecondes, dont les activités représentent aux Etats-Unis 70% des transactions boursières, et 30% en Europe. Il s’agit non pas d’un ouvrage technique sur les marchés financiers contemporains, mais d’une anthropologie des relations entre les hommes et les machines au sein de ces marchés. En six épisodes denses mais haletants, 6 est un ouvrage fascinant où est mise en lumière la manière dont les humains ont fabriqué – parfois sans le vouloir – des technologies qui aujourd’hui les dépassent.

Extrait : « Je ne porte pas de costume et les limousines ne m’impressionnent pas. Je ne dîne pas dans des restaurants quatre étoiles. Je ne porte pas de casquette avec le logo de mes employeurs car je n’ai ni tête ni visage, et depuis la crise économique mondiale de 2007 je n’ai cessé d’envahir les marchés financiers.
Je travaille au 1 700 MacArthur Boulevard, à Mahwah, une banlieue endormie du New Jersey située à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Wall Street. Mon bureau est grand comme sept stades de football américain, mais je n’en occupe pas la totalité : l’espace où je travaille ne fait que quelques centimètres carrés, loués tout spécialement à Mahwah par mes employeurs pour une somme que j’estime entre 10 000 et 25 000 dollars par mois. Comme certains étudiants je vis en colocation. Ceux qui partagent le réfrigérateur avec moi s’appellent Dagger, Sniffer, Guerrilla, Shark ou Razor, et tous sont autant de concurrents potentiels que je scrute attentivement à longueur de journée.
Je travaille de 9h30 à 15h30, sans relâche et si vite que je prends des décisions en bien moins de temps qu’il n’en faut à un être humain pour cligner de l’œil.
Bienvenue dans le monde du trading à haute fréquence. »

Six de Sniper aux éditions Zones sensibles

Ici, tout est question de temps.

Mais d’humains d’abord, de ceux qui crient et gesticulent pour acheter ou vendre, de coursiers qui parcourent « les rues à toute allure pour crier les cotations les plus récentes dans les différents bureaux des intermédiaires humains », mais aussi qui,comme Henry Paulson, Sheldon Maschler, Thomas Petterffy, Josh Levine, humains ambitieux et visionnaires qui, pour gagner du temps, et donc de l’argent, observent, cherchent, croient dans le pouvoir des machines, bousculent les habitudes et innovent quelque soit le prix à payer.

« Je ne pense pas que vous pouvez faire ça » finit par lâcher l’inspecteur. Petterfy vacilla un instant […], mais le contrôleur repartit en promettant d’interroger sa direction. Il appela quelques jours plus tard pour confirmer ses doutes : un des points du règlement stipulait que les ordres devaient obligatoirement être saisis sur le clavier du terminal officiel. Pour Petterfy cela signifiait remettre un humain sur le clavier, et avec lui sa pause-sandwich, ses erreurs et sa lenteur. Inconcevable.
En une semaine […], avec l’aide de ses meilleurs ingénieurs, de beaucoup de câbles et de lignes de codes, il construisit une machine qui devait se comporter comme n’importe quel humain face à l’écran du terminal […]. Avec des bouts de caoutchouc et des pistons, les ingénieurs fabriquèrent des mains artificielles qui tapaient à la machine automatiquement. Et rapidement. […]
Lorsque l’inspecteur du NASDAQ revint une semaine plus tard pour vérifier que tout était en ordre, il se trouva face à un cyborg pourvu d’un œil énorme et de doigts artificiels, un mélange de mécanique du XIXème siècle, d’optique des années 1970 et de code informatique dernier cri. Il regarda la machine s’agiter bruyamment sur son clavier. Petterfy sentit que la situation allait lui échapper et joua son va-tout, avec humour, en proposant de construire un mannequin autour du robot, comme pour donner l’illusion qu’il s’agissait d’une secrétaire en train de taper à la machine, mais l’inspecteur quitta les bureaux sans plus de commentaire. Il n’avait pas grand-chose à dire : le cyborg respectait les règles. »

Si ce passage peut faire sourire, s’il est possible d’imaginer ce cyborg cyclope, peu à peu le compte à rebours est lancé et les chapitres à l’ordre décroissant -6, 5, 4, 3, 2, 1- s’enchaînent et donnent le vertige. On voit des hommes qui, à force de gagner du temps, deviennent eux-mêmes les proies d’un système qu’ils ont construit et qui leur échappe. Un système où les machines prennent le pouvoir. Si tel un humain, un algorithme « s’échappe », plus rien n’est maîtrisé et tout s’écroule en quelques millisecondes. Plus rien de matériel ni de concret ne semble se passer et l’enjeu financier, la complexité, le virtuel et la dématérialisation rendent alors toute forme d’images impossible pour le commun des lecteurs de cet ouvrage vertigineux : bienvenue dans le monde du trading à haute fréquence !

Les acteurs se nomment alors Sumo, Blast, Guerilla, Shark, Razor, etc des algorithmes dont on notera les noms guerriers. Désormais, tout passe par eux. Plus de criée, ni de coursier mais des algorithmes, de la fibre optique et des micro-ondes.

Leurs pères humains, pourtant si confiants à leurs débuts, se trouvent ainsi soumis à la folle et insaisissable temporalité des monstres dont ils ont accouché : »Après la Seconde Guerre mondiale, un titre appartenait à son propriétaire pendant quatre ans. En 2000, ce délai était de huit mois. Puis de deux mois en 2008. En 2013, un titre boursier change de propriétaire toutes les 25 secondes en moyenne, mais il peut tout aussi bien changer de main en quelques millisecondes. […] les machines tentent d’aller de plus en plus vite dans le but de saisir une opportunité qui aurait échappé aux concurrents en raison de leur inattention ou de leur lenteur. Chaque milliseconde compte : « trois millisecondes dans le temps informatique représentent une heure de temps humain », affirme un spécialiste. »

Un livre vertigineux, une couverture qui, comme Alexandre Laumonier sait si bien le faire, vient élégamment et discrètement appuyer le propos du livre. Les éditions Zones sensibles n’ont décidément pas fini de nous étonner.

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Arbitraire éditions / Arbitraire 11 & nouveautés / Lancements

Jeudi 24 janvier à partir de 18h30,  lancement du 11eme opus de la revue Arbitraire ainsi qu’une ribambelle de nouveautés des auteurs du collectif en présence de Antoine Marchalot, Vincent Pianina, Charles papier, Julien Nem, Ophélie Bernaud, Pierre Ferrero, Geraud Piguel.

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« Arbitraire 11 : depuis le premier numéro, cette revue n’a cessé de voir sa pagination augmenter. Nous avons cherché pas à pas les améliorations techniques pouvant accompagner  son développement, avec la volonté d’apprendre de nos erreurs et d’acquérir un savoir-faire d’éditeur. Cette revue continuera de défricher nos propres pratiques et celles d’auteurs dont nous apprécions le travail. Dans ce numéro, vous trouverez quatre cahiers spéciaux, dont un en quadrichromie  convoquant tous les auteurs du collectif. Une sombre histoire de volcan et de ravin… Accompagnant les auteurs du collectif Arbitraire toujours au rendez-vous (Ophélie Bernaud, Geraud, Charles Papier, Vincent Pianina, Antoine Marchalot, Julien Nem, Pierre Ferrero) vous pourrez admirer les planches de nos invités pour  l’occasion : Benoît Preteseille, François De Jonge, Matt Furie, Martes Bathori, Nuvish,  Oriane Lassus, Capron, Luca M, Faye Coral Johnson, Dan Rhett, Margaux Duseigneur,  Kohei Ashino et Mike Redmond. »

mais aussi des nouveautés chez Arbitraire Éditions :

Collection Étoile : la collection Étoile, toute nouvelle née des Éditions Arbitraire voit paraître comme premier titre Codex Comique de Dan Rhett. Cette collection se caractérisera par des livres de différents formats à reliure toilée. Codex Comique de Dan Rhett, auteur américain découvert par le biais de ses fanzines : voici quelques contes de pirates, de personnages en bois et de nâgas, de sirènes et de harpies… De mini mages et de grands singes, de jeux vidéos et de carrés magiques, de diverses choses qui n’ont pas encore trouvé un nom..

Collection Atome : la collection ATOME débute avec deux publications et s’inscrit dans la tradition des comix underground, des séries à parution régulière, formées d’un cahier d’une trentaine de pages en noir et blanc sur papier léger avec une couverture couleur. 

Les Puissances de l’Avenir #1, Charles Papier : Charles Papier continue le récit de Zone Z entamé dans les revues Arbitraire 9 et 10 (et que l’on peut consulter sur son site). « Et si on rentrait pas chez nous et qu’on allait faire un tour ? ». Partant de là, deux camarades se retrouvent à déambuler au hasard dans une ville de tôle et de béton où se côtoient entrepôts vides, bâtiments en construction et végétation sauvage. Au fil de leurs différentes rencontres avec les êtres qui vivent et survivent dans ces rues, ils plongeront au plus profond de ce monde griffonné et déchiré par la plume de l’auteur.

Prédateur Urbain #1, Geraud : dans son Prédateur Urbain, Geraud revêt le cuir de Joseph, antihéros d’une auto-fiction déroutante.Il nous dévoile ses rêves et ses fantasmes mais aussi une part de son quotidien lyonnais dans un style cru, sincère et plein d’humour. Le fond de ce récit reste très sombre et la forme s’en ressent : Geraud se régale dans l’utilisation de la plume et de l’encre de chine. Tout doit être recouvert de noir, ou presque.

Magic Art Digital, Hors Collection, Antoine Marchalot : recueil de dessins sur des feuilles volantes, mais pas très haut, réalisés entre 2009 et 2012

et même une nouveauté venue d’ailleurs :

Marlisou, Pierre Ferrero, Les Requins Marteaux : Marlisou est une belle et courageuse toxicomane. Après s’être injectée sa dernière dose, elle décide de braquer son dealer, d’empocher le reste de la came et de s’enfuir fissa le plus loin possible. Poursuivie par ses fournisseurs et par la police toujours complice, elle finit par s’envoler dans les airs à bord d’un dirigeable. Jusqu’ici rien de plus banal. Reste que son périple la conduira aux confins troubles de l’espace et du temps ; au crétacé comme sur mars, dans un phare comme dans le cosmos, dans une fuite en avant qui jamais ne se lasse de la voir trépasser.