Mercredi 23 février à 19h30, rencontre animée par Florian Caschera.
L’ambition de ces textes est de proposer une vision de l’espèce humaine non dénuée d’espoir, mais qui en souligne la fragilité et qui pose un regard à la fois lucide et mélancolique sur le monde contemporain et le destin des individus.
« L’Histoire a toujours été écrite par les vainqueurs, il est temps de changer de point de vue. »
Raoul Peck, réalisateur, scénariste, écrivain et homme politique haïtien, notamment connu pour I Am Not Your Negro, présentera son dernier livre, Exterminate All The Brutes, à la librairie Le Monte-en-l’air le mardi 22 février à 19h.
Exterminate All The Brutes déconstruit la fabrication de l’histoire officielle en revenant sur l’extermination des Indiens d’Amérique, l’esclavagisme et la colonisation perpétrés par les colons européens au fil des siècles. Il analyse leurs conséquences fondamentales sur notre présent. Comme l’a dit Baldwin lui-même : « L’histoire n’est pas le passé, c’est le présent. »
Le résultat est un collage discursif d’ambition peu commune qui relie les injustices et les atrocités de l’Inquisition espagnole (lorsque la notion de race biologique est née) à Christophe Colomb, la traite transatlantique des esclaves, l’Indian Removal Act, Alamo, l’État indépendant du Congo, la bataille d’Omdurman, la Shoah, Hiroshima, tressant les récits individuels et la culture de masse, l’histoire, la société contemporaine et la fiction.
Le livre accompagne la série en quatre épisodes réalisée par Raoul Peck. Il mêle récit historique, matériel d’archives, reconstitutions de scènes. L’ouvrage, illustré, met le public au défi de repenser la notion même d’écriture de l’histoire.
Ça y est ! Michel et Béa ont quitté le tumulte de la ville et habitent désormais à la campagne dans une petite maison reculée. Si Béa a dû trouver du boulot au supermarché bio, Michel continue quant à lui ses reportages radiophoniques. Ainsi, il retourne de temps en temps à la civilisation pour retrouver ses vieux amis, si ce n’est pas eux qui viennent à lui pour profiter du cadre champêtre.
Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, jusqu’à l’arrivée des « convois exceptionnels ». En attendant la construction d’un pont sur la départementale voisine, de gigantesques yachts sont transportés sur des camions qui empruntent les petites routes des alentours. Accidents, embouteillages à n’en plus finir, déviations saugrenues et imposantes dégradations de la chaussée : ça gronde au village, mais le maire fait la sourde oreille. C’en est trop pour Michel qui s’improvise journaliste d’investigation pour élucider les causes de cette absurde situation. L’industrie navale n’avait qu’à bien se tenir.
« La fin, les moyens, tout ça… » est le quatrième épisode de la série incarnée par Michel, le personnage fétiche de Pierre Maurel qui lui offre ici une aventure « grand format ». Le changement de décor lui a fait le plus grand bien : la bravoure semble être au rendez-vous. Même s’il ne suffit d’un rien pour voir ressurgir le râleur invétéré, Michel est toujours sauvé par son incroyable bonhomie. Et, c’est pour ça qu’on l’aime.
Notre monde est logistique. La pléthore d’acteurs qui consacrent leur énergie à acheminer les biens consommés de par le globe en témoigne : la circulation des marchandises est devenue un moteur essentiel du capitalisme mondialisé. Les pays les plus riches se constellent d’entrepôts qui prennent la place des usines abandonnées ; les pays les plus pauvres, eux, assurent la fabrication et le traitement des biens qui sillonnent la planète pour être achetés, consommés, mis au rebut.Si c’est le monde industriel et marchand qui a donné à la rationalité logistique sa forme la plus aboutie, celle-ci s’étend aujourd’hui à l’ensemble de nos activités. Des politiques migratoires aux pratiques culturelles, de la conservation de l’environnement aux relations humaines, il n’existe plus guère de domaines de la vie qui ne soient soumis à la gestion des flux, ce principe fondamental d’intendance.Il est grand temps de se demander comment le royaume logistique régit nos existences ; de montrer combien les conséquences de ses manquements sont dramatiques pour le vivant ; de raconter les multiples luttes qui lui font face. Et surtout, comme s’y emploie ce livre, il est urgent d’inventer d’autres imaginaires de la circulation et du transport, d’autres sujets collectifs pour un monde dans lequel les circulations ne seraient pas un instrument mortifère au service de la valeur marchande.Mathieu Quet est sociologue, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (CEPED-IRD). Il est notamment l’auteur de Politiques du savoir (2013) et de Impostures pharmaceutiques. Médicaments illicites et luttes pour l’accès à la santé (2018).
Discussion entre Sylvie Thénault & Dominique Manotti.
Les Ratonnades d’Alger, 1956. Une histoire de racisme colonial.Alger, samedi 29 décembre 1956. L’Algérie française porte en terre l’un de ses meneurs, Amédée Froger, tué la veille en sortant son domicile. La nouvelle de l’assassinat fait grand bruit, en Algérie, mais aussi à Paris, en raison de la personnalité de la victime, haute figure locale de la défense de la cause française. Ses obsèques à Alger rassemblent des milliers de personnes. Surtout, elles sont l’occasion de violences racistes, que les contemporains nomment « ratonnades ». Elles visent les « musulmans », comme les Algériens sont appelés dans cette société-là.S’appuyant sur des sources variées, dont des archives policières et judiciaires inédites, Sylvie Thénault enquête sur ces événements pour les inscrire dans la longue durée coloniale. Trop souvent résumés à des actions ponctuelles et paroxystiques, ou associées aux attentats de l’OAS à la toute fin de la guerre, ces violences – non pas celles des autorités et de leurs représentants mais bien celles de Français, nés là-bas – se nourrissent d’un rapport de domination, empruntant à toutes les formes d’oppressions possibles (économiques, sociales, politiques, juridiques, culturelles) et s’ancrent dans un espace urbain ségrégué.Directrice de recherche au CNRS, spécialiste de la colonisation française en Algérie et de la Guerre d’indépendance algérienne, Sylvie Thénault a publié plusieurs livres remarqués sur l’histoire de l’Algérie coloniale.
Dominique Manotti, Marseille 1973 (sorti en 2020).1973 : la France connaît une série d’assassinats. Dans la cible, des Arabes, surtout des Algériens, qu’on tire à vue. En six mois, plus de cinquante d’entre eux ont été abattus, dont une vingtaine à Marseille, épicentre du terrorisme raciste. Onze ans après la fin de la guerre d’Algérie, les nervis de l’OAS sont amnistiés, souvent intégrés dans l’appareil d’État et la police. Le Front national vient à peine d’éclore. Des revanchards appellent à plastiquer les mosquées, les bistrots, les commerces arabes, à faire peur…Le jeune inspecteur Daquin, officier de la PJ de Marseille, surveille de concert avec la police de Toulon des groupuscules de pieds-noirs animant de véritable camps d’entraînement paramilitaires.
« Jésus se réveille en pleine nuit putain. Il sait plus où il dort. Où est-ce qu’il crèche à cette heure-ci putain Jésus il sait plus. Il a tout paumé en se réveillant. »Oui, Charles Pennequin a écrit une « vie de Jésus ». C’est un peu la sienne et celle de tous les autres. Jésus est dans la ville. Il va en Belgique pour voir son amoureuse. Il voit ses potes dans les galeries d’art. Mais Jésus préfère toujours aller dehors. Jésus dit : « Soyez passant. Passez de l’en-dehors à l’en-dedans. Et soyez perdurants. Éternisez-vous dans la passade. » C’est un peu comme des vacances. « Dehors c’est la vivance », dit Jésus. Pour lui, « nous sommes des machines qui se mettent à penser. Et les pensées passent dans nos paroles et par nos doigts. » Avec toutes ces vies humaines qui l’entourent : E.G.F.L.D.P.R (Eugène Gaston Florent Léopold Désiré Parfait Réussi) et Ludivinenfant, qui devient ensuite Lulu, la femme d’E.G.F.L.D.P.R, et qui veut s’enfuir de l’EHPAD où ses enfants l’ont placée, pour enfin rejoindre les lointains. Mais aussi Bobi ou Charles Péguy. Son pays, sa famille, ses amours. Jésus va passer tout ça par le fil de l’écrit. Son énergie pensée-parlée-tracée. Jésus est avant tout, pour Charles Pennequin, un poète. C’est même tout un poème, depuis l’enfance du petit-Jésus dans les paysages nordistes jusqu’à aujourd’hui, où le poète trace dans le sable sa pensée inquiète sur le monde. Dehors Jésus est un livre avec des histoires, comme celle du jeune Bobi, l’adolescent en détention. Jésus, c’est aussi la main de Charles Péguy, le devenir des poètes-poissons, et des solutions pour le « vivant extrêmophile ».
San Francisco. Un jeune Frenchy se fait larguer par la Google Box et se retrouve à la rue, à sortir « ses » chiens – ou plutôt les chiens des autres, car il est dog-walker. Ce n’est pas sa vocation première, lui qui se rêvait en winner de la Silicon Valley : une idée d’appli, de l’argent qui coule à flots… Mais après s’être fait virer de Puluuluk, la start-up qui l’employait, il a bien fallu trouver un plan B. Et on le suit pour vingt-quatre heures d’errance, avec son armada de toutous, au gré des notifications de son smartphone fêlé, dans l’espoir de se dégotter 1) un toit pour la nuit, 2) une nouvelle nana, 3) un maximum d’abonnés sur son tout nouveau compte @Vertidog… où les photos d’Inari, une chienne dépressive aux airs de blonde hitchcockienne, récoltent des milliers de likes. Pendant ce temps-là, des feux de forêt dévorent Paradise et s’approchent dangereusement de San Francisco… Soudain, Inari disparaît. Et c’est une quête apocalyptique qui commence… Un premier roman truculent et cynique, qui offre une virée dans San Francisco et une critique sans concession de la société contemporaine hyper connectée.
Soirée de soutien à Nantes Révoltée. Au programme : prises de parole, vente de leur excellente revue… et de la convivialité !Le 25 janvier, une poignée d’élus de droite et d’extrême droite ont réclamé la « dissolution » de Nantes Révoltée. Demande immédiatement exaucée par Darmanin, en personne, à l’Assemblée Nationale, qui annonçait la procédure de dissolution : https://nantes-revoltee.com/%f0%9f%94%b4-darmanin-engage…/Nantes Révoltée est un média, lu par plusieurs millions de personnes chaque mois, et comptant plus de 250 000 abonnés sur différentes plateformes. Nantes Révoltée a documenté la charge qui a tué Steve, les mobilisations des Gilets Jaunes, la lutte sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, les occupations pour les sans-abris. Depuis 10 ans, Nantes Révoltée a donné de la force et du soutien à celles et ceux qu’on n’entend pas ; Animé la vie sociale, politique et artistique à Nantes et bien au delà.Texte de la pétition : https://www.change.org/p/contre-la-dissolution-de-nantes-révoltée-pour-la-liberté-d-expression Tribune : https://blogs.mediapart.fr/…/nantes-revoltee-et-nous…Parution du hors-série « Contre-attaque » : https://nantes-revoltee.com/categorie-produit/revues/
Une enquête auprès de formatrices et de participantes à des stages d’autodéfense féministe qui démontre le caractère indispensable d’une pratique encore méconnue. Nourri de nombreux témoignages, cet ouvrage est aussi un véritable plaidoyer.« Les corps se déplient, les gorges se dénouent, la colère enfle et les sourires s’épanouissent. Apprendre à se défendre ensemble, entre femmes, c’est reprendre du pouvoir sur les violences passées et se donner le droit de riposter face aux agressions à venir. Comment un simple stage, le plus souvent le temps d’un week-end, peut-il faire un tel effet ? Ni sport de combat ni technique de développement personnel, l’autodéfense féministe est une pratique de prévention efficace et une arme pour lutter contre la domination patriarcale. Un enseignement puissant et émancipateur auquel toutes les femmes devraient avoir accès.»Ce texte percutant et documenté propose de revenir sur l’histoire de cette pratique, depuis ses prémices dans les années 1910, et de voir comment elle s’est redéployée ces dernières décennies en France et en Belgique grâce au travail de formatrices engagées qui, via une vingtaine d’associations, proposent des stages adaptés à toutes. Les chapitres sont entrecoupés de paroles directes de femmes de tous âges, origines et orientations sexuelles, de femmes sourdes ou encore de femmes ayant un handicap moteur ou cognitif qui racontent les transformations que l’autodéfense a apporté dans leur vie.Mathilde Blézat est journaliste et autrice, membre de la revue Z depuis 2012, co-fondatrice de la revue Panthère Première et co-autrice de l’ouvrage Notre corps, nous-mêmes (février 2020, éditions Hors d’Atteinte). Elle est militante féministe depuis plus de quinze ans.Éditions de la dernière lettre: Depuis 2009, un collectif de journalistes, chercheurs·euses, cartographes, dessinateurs·rices et photographes choisit chaque année un lieu d’enquête pour analyser une grande question de société : c’est la revue Z, 200 pages illustrées au carrefour des sciences sociales, du grand reportage et de l’éducation populaire. En 2019, la rédaction fonde les Éditions de la dernière lettre pour poursuivre le projet de Z par d’autres moyens : des essais, témoignages ou reportages, concis et percutants, pour diffuser une critique robuste et réouvrir l’imaginaire politique vers une vie bonne, digne et libre pour toutes et tous.